L’artisanat « Made in Paris » retrouve ses couleurs

1475238836_fotolia_100528666
Faites vous livrer par un drone
29 August 2016
1474984830_9540_1432987999
Des plateformes numériques au service des collectionneurs
7 September 2016
1474984835_fotolia_107482102

Soutenus par des actions locales de revalorisation de l’apprentissage, les ateliers de la capitale participent à la renaissance du label “Fait à Paris”. Bijouterie, textile ou cosmétique, ils ont le vent en poupe.
Il s’agit pour Paris de renouer avec son glorieux passé. Au XIXe siècle, la ville était réputée dans toute l’Europe pour ses nombreux ateliers de confection d’ameublement ou d’articles fantaisie tels que les boutons ou les parapluies. Victimes de l’industrialisation, la plupart ont fermé au cours du XXe siècle. Le terme « fabriqué à Paris » a été galvaudé, certaines marques estimant qu’avoir simplement eu l’idée d’un produit dans la capitale suffisait à légitimer le label. Aujourd’hui porté par des associations locales de promotion de l’artisanat et une politique nationale de valorisation de l’apprentissage, le « made in Paris » — le vrai — renaît.
8 000 entreprises de fabrication artisanale dans Paris
« Au départ, on pensait consacrer une exposition à la création française, explique Jennifer Cuvillier, directrice du style du Bon Marché. Quand on a commencé les premières recherches sur Paris, on a été franchement surpris par le nombre d’ateliers qu’on ne connaissait pas, cachés derrière une porte cochère ou dans une arrière-boutique. On s’est rendu compte que, rien que dans la capitale, il y avait déjà largement de quoi faire. » Dans Paris intra-muros, on compte autour de 8 000 entreprises de fabrication artisanale. Parmi elles, le Bon Marché a sélectionné une centaine de marques spécialisées dans la mode, la bijouterie, la beauté, la gastronomie ou la papeterie.

La griffe Maison Château Rouge se sert de tissus wax africains achetés aux commerçants du 18e arrondissement pour son streetwear minimaliste. L’atelier Paulin, dans le Sentier, transforme des fils de métal en bracelets formant des mots. Le Baigneur, savonnier de Montreuil, propose une gamme de soins 100 % bio. Quant à la Distillerie de Paris, qui fabrique d’excellents gins, elle bénéficie d’un assouplissement de la loi interdisant, depuis 1924, la production d’alcools forts dans la capitale. Si leurs domaines d’expression sont variés, ces nouveaux artisans ont souvent un point commun : ce sont des reconvertis. « Quasiment tous ont eu une vie avant, qui n’avait rien à voir avec la création. Ils travaillaient dans la pub, la cosmétique, la finance ou faisaient du droit », précise Jennifer Cuvillier.

S’installer à son compte à Paris présente de réels avantages, même si la main-d’œuvre et les loyers y sont chers. « On gère toute la chaîne de production, explique Nadia Azoug, qui a fondé en 2010 la marque de bijoux Monsieur. J’y achète l’or, je m’occupe de la partie métal à l’atelier et je fais appel à des sertisseurs ou des graveurs parisiens pour les finitions. Je travaille en flux tendu, en fonction de la demande. Du coup je n’ai pas de stock, et je n’ai jamais besoin d’organiser des soldes », se félicite-t-elle. Etant donné les petites quantités qu’elle produit et le haut niveau de savoir-faire requis, délocaliser sa production ne serait pas rentable, et lui ferait perdre beaucoup de temps.

Créer à Paris permet aussi au producteur de montrer son travail et donc de légitimer les prix appliqués auprès du client. « Connaître l’artisan et suivre la fabrication, cela donne une forte valeur ajoutée à l’acte d’achat », confirme Patricia Romatet, professeure à l’Institut français de la mode. Maison Hikaku l’a bien compris : ce jeune atelier de maroquinerie, qui ne fabriquait jusqu’ici que des prototypes pour de grandes maisons de luxe, lancera à la rentrée sa propre marque. Hikaku vendra désormais aux particuliers, mais n’aura pas de boutique. « On veut rester confidentiel, que les clients viennent voir directement notre travail dans l’atelier », explique la cofondatrice Louise Dallérac, qui, pour compenser, mise sur le bouche-à-oreille et son site Internet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Oui Non